Analyse | L’ombre de Doug Ford dans la prochaine campagne fédérale
Veste orange, casque et lunettes de sécurité sur le nez, Mark Carney rencontre des travailleurs de l’acier dans une usine de Hamilton. En pleine guerre tarifaire avec les États-Unis, le nouveau chef du Parti libéral du Canada est venu les assurer de son soutien. Sur le terrain, au contact du Doug Ford a effectivement tracé la voie, en arrivant à centrer les élections ontariennes sur une question prédominante : la protection de l’économie et des emplois. Malgré les crises que traverse sa province (santé, logement, coût de la vie), le chef progressiste-conservateur a axé le scrutin autour d’une question : quel leader serait le mieux placé pour tenir tête au président américain Donald Trump et contrecarrer ses projets de tarifs douaniers? Mark Carney a rencontré des travailleurs de l'aciérie ArcelorMittal Dofasco à Hamilton, quelques heures après l'entrée en vigueur de tarifs douaniers sur l'aluminium et l'acier. (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette La même question se transpose maintenant sur la scène fédérale. Chez lui, Doug Ford semble avoir pu convaincre les électeurs que la stabilité est plus attrayante que le changement. Et qu’il serait prêt à se battre pour les intérêts non seulement de l’Ontario, mais du pays tout entier. Le costume de Même s’il a déclaré ne pas vouloir se mêler de la prochaine campagne fédérale, le premier ministre ontarien a vraisemblablement un avis sur la question. Doug Ford pense que Mark Carney est un homme d’affaires Il a été parmi les premiers à le féliciter pour son accession à la chefferie libérale. Le lendemain, les deux hommes se parlaient au téléphone et quelques jours plus tard, Doug Ford l’invitait à déjeuner dans ses terres d’Etobicoke. Une première rencontre dite Doug Ford et Mark Carney, photographiés lors de leur première rencontre, deux jours avant l'assermentation du nouveau premier ministre canadien. Photo : Bureau du premier ministre de l'Ontario Le début d’une belle amitié? En tout cas, une nouvelle relation politique qui peut s’avérer profitable tant pour les libéraux fédéraux que pour Doug Ford, qui ne manque pas une occasion de rappeler qu'il est certes ouvert à travailler avec Abonnez-vous à l’infolettre Ontario. Bien des choses ont changé en cinq ans. Souvenez-vous de la campagne électorale fédérale de 2019 : Doug Ford est alors la cible de prédilection des libéraux. Après une première année au pouvoir marquée par des compressions et une volte-face, le premier ministre de l’Ontario a atteint des sommets d’impopularité. Justin Trudeau le provoque régulièrement et tente de l’associer à son rival de l’époque, Andrew Scheer. Les conservateurs fédéraux prennent leurs distances, forçant le pugnace Doug Ford à se faire silencieux. Il y a eu d’autres élections depuis et surtout, une pandémie. Malgré des différences idéologiques marquées, Doug Ford et les libéraux de Trudeau se sont rapprochés, trouvant des terrains d’entente, collaborant sur de gros chantiers – dans la filière batterie notamment. Combien de fois le premier ministre ontarien a-t-il parlé de sa C’est loin d’être aussi cordial entre M. Ford et Pierre Poilievre. Ne cherchez pas de photos des deux hommes se serrant la main, il n’y en a pas. Les chefs du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario et du Parti conservateur du Canada se sont déjà vaguement trouvés au même endroit au même moment, lors d’un festival à Toronto, mais n’ont jamais eu de rencontre officielle et n’ont pas tant d’affinités. Doug Ford et Pierre Poilievre ont déjà été aperçus au même endroit, au lancement du Carnaval caribéen de Toronto en août 2023. Photo : La Presse canadienne / Chris Young Sur papier, Ford et Poilievre partagent certaines des mêmes idées. Partisans du Les conservateurs fédéraux peuvent au mieux compter sur le mutisme de Doug Ford à leur égard, et essayer eux aussi de s’inspirer de sa stratégie électorale du Jusqu’à quel point les libéraux, eux, voudront-ils profiter de vrai monde
ouvrier. Pendant la dernière campagne électorale ontarienne, les mises en scène de ce genre étaient quasi quotidiennes chez les progressistes-conservateurs. Dans le Manuel Doug Ford, qui a mené le premier ministre de la province à un troisième mandat majoritaire cet hiver, Mark Carney a de l’inspiration à puiser.
Capitaine Canada
a servi à sa réélection; à Mark Carney de le reprendre. En formulant ainsi les choses : les Canadiens devraient-ils faire confiance aux libéraux, qui ont à la fois un nouveau chef et une équipe d’expérience, déjà impliquée au jour le jour dans la bataille contre Donald Trump? Ou aux conservateurs, qui n’ont pas gouverné depuis dix ans et qu’on ne voit pas mener la charge à Washington?astucieux
, un gentleman
capable d’entretenir une meilleure relation
avec Trump que son prédécesseur Justin Trudeau.positive et productive
entre le premier ministre canadien désigné et un homologue d’une province, qui s’est conclue, d’après les photos officielles, par une poignée de main bien sentie.
n’importe qui
, mais qu'Ottawa n’a pas non plus intérêt à se dresser sur la route de certains de ses grands projets en Ontario (le développement minier, entre autres).Infolettre Ontario
De silencieux à hyperactif
bonne amie
Chrystia Freeland. On le sait également proche de Dominic LeBlanc, aux côtés de qui il tente d'affronter l’administration Trump. Enfin, lorsqu’est venu le temps pour Justin Trudeau de tirer sa révérence, les sincères remerciements
que Doug Ford lui a exprimés n’ont pas paru forcés.
bon sens
, en faveur d’une approche tough on crime
[ferme contre la criminalité, traduction libre] et tous deux farouchement opposés à la taxe carbone dans laquelle ils appelaient à mettre la hache
– mais les deux camps n’ont jamais allié leurs forces dans cette dernière lutte. Mark Carney, de toute façon, s'est déjà attaqué à ce dossier. Capitaine Canada
.Ford-l’hyperactif
? Le premier ministre ontarien prend beaucoup de place. Il a la personnalité pour occuper l’espace médiatique et le Ford Show a eu son utilité. Mais en campagne électorale, dans le contexte d’une guerre commerciale entre deux pays, c’est aux chefs fédéraux d’accaparer l’attention. Il faudra bien reléguer Doug Ford à sa place, celle d’acteur de second rôle.
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